Changer
d’activité, remettre sa vie à la bonne taille, se réapproprier son temps :
qui n’en a pas rêvé, les jours de burnout ordinaire, sur fond de malaise
professionnel. Si pour certains le grand
saut reste une chimère inaccessible, voire irresponsable, d’autres ont osé
franchir le pas. Ils n’ont souvent qu’un seul regret : ne pas l’avoir fait
plus tôt. Pour comprendre cette démarche, ce passage du « plus être »
au « mieux être » ou s’en inspirer, voici trois témoignages
« d’aventuriers » qui ont choisi de réduire la voilure pour garder le
bon cap.
« Ils ont réussi parce qu’ils ne savaient
pas que c’était impossible » aurait dit Saint Exupéry. Les changements
radicaux comportent souvent une part d’inconscience, nécessaire semble t-il,
pour réussir le grand saut. Même si, au moment même, l’impérieuse nécessité de
changer a pour vertu d’effacer tous les obstacles.
Du
malaise au déclic, du déclic à la chance
- Les candidats au « realsizing » parlent d’un malaise existentiel, plus ou moins aigu, en guise de prise de conscience.
- Ils évoquent également une intime conviction plus forte que la voix de la raison.
- Troisième caractéristique commune: la chance. Elle se présente au bon moment, sous la forme d’une opportunité de changement inespérée, parfaitement aléatoire.
- Autre similarité : l’importance accordée aux rapports humains qui agit comme un déclencheur majeur du changement.
- Dernier point commun de ces transfuges du travail : ils affichent face au qu’en dira t-on et autres murmures désapprobateurs la même indifférence polie.
« A
chacun de décrocher la floche quand elle se présente… »
« Je ne peux pas dire
que j’ai changé d’itinéraire parce que tout allait mal. Je sentais simplement
que ma vie ne me convenait plus telle qu’elle était. Seul symptôme tangible de
ce malaise : une sorte de nœud au ventre en allant au bureau. J’étais à la
tête d’un groupe de près de six cent personnes, tout allait bien, objectivement,
nous avions même été nommé entreprise de l’année en 1997. Mais le bateau
devenait très lourd à manœuvrer. Je n’avais pas de piste de changement bien
précise, jusqu’au jour ou un proche m’a demandé, incidemment, si je connaissais
un repreneur pour une petite société de mobilier d’occasion. J’ai su, de
manière assez saisissante, que cette proposition était faite pour moi. Ce genre
d’intuition m’avait déjà fait changer de vie plusieurs fois, sous la forme de
métiers aussi différents que: « tour du mondiste » à la voile,
plongeur-démineur, magasinier, chauffeur, commercial et …patron. J’avais
toujours rêvé d’avoir ma propre entreprise et quand cette occasion s’est
présentée, je me suis senti un peu comme un gamin qui parvient enfin à décrocher
la « floche » du manège. Je suis père de trois enfants et il m’a
quand même fallu six mois pour mûrir et annoncer ma décision, à la stupeur
générale, évidemment. Après les choses sont allées assez vite. Il a suffit d’un
week-end du premier mai pour endosser mes nouveaux habits d’entrepreneur à la
tête d’une boîte d’une quinzaine de personnes.
Aujourd’hui
rétrospectivement, je vois tous les écueils que je suis parvenu à éviter et
dont je n’avais pas conscience avant de me lancer. Peut-être que si j’avais
davantage réfléchi, je n’aurai pas bougé, mais je me félicite d’avoir osé
foncer. Aujourd’hui les gens continuent à me
proposer des projets plus « ambitieux » comme si j’étais formaté pour
ça. Mais cela ne m’intéresse pas pour l’instant. J’ai trop gagné en qualité de
vie ».
« Je
me suis restitué ma vie »
« Je ne peux pas dire que j’ai changé
complètement de carrière. Il s’agit plutôt d’une remise en question radicale de
mon rythme de vie. A mes débuts, j’ai travaillé dans deux ONG. C’est lors d’une
mission à Cuba que s’est esquissée mon envie de changement. Pour parvenir à collaborer
avec mon correspondant local, j’ai dû me déconditionner de ma culture de l’urgence
et de l’efficacité stressée. Bon gré mal gré, j’ai peu à peu pris conscience du
plaisir et de l’intérêt qu’il y avait à « perdre son temps » avec les
gens. J’ai aussi commencé à apprendre le piano, un vieux rêve d’enfance. A mon arrivée
à Bruxelles, j’ai vite compris que le retour aux journées de travail
frénétiques ne me convenait pas. S’ajoutait à cet inconfort, un malaise profond
vis-à-vis des dépendances induites chez les bénéficiaires des projets d’aide
urgente. J’ai réfléchis et je me suis fait aider pour y voir plus clair. L’idée
du travail à mi-temps comme rédactrice dans une ONG interculturelle et plus
participative s’est finalement dessinée. Et là, miracle ou coïncidence, une
amie m’a parlé d’un poste de responsable de la communication chez Frères des
Hommes. Aujourd’hui, je travaille deux jours et demi par semaine. Je consacre
le reste de mon temps à des cours de musique et de peinture et à un travail
d’accompagnement dans un service de soin palliatif. J’ai évidemment restreint
mon « train de vie », pas de voiture, pas de GSM, un vieil ordi mais
ça me convient et je n’ai pas envie de remettre ce choix en question. »
« Je
veux mesurer directement le résultat de mon travail »
« Je dois avoir
tolérance à la désapprobation au-dessus de la moyenne car j’ai déjà souvent
changé de cap sans trop me soucier de ce que les gens pouvaient en penser. Après
des études de médecine et de droit prématurément interrompues, j’ai travaillé
dans l’immobilier avant de commencer dans la grande distribution. A 27 ans
j’étais directeur de magasin avec une équipe de 80 personnes, à 29 ans je suis
devenu directeur régional, en charge de 22 magasins en franchise, représentant
un chiffre d’affaires de 125 millions d’euros. J’aimais beaucoup mon travail,
en particulier, le contact direct avec mes collaborateurs et les clients. Puis
petit à petit, nouvelles responsabilités obligent, j’ai pu passer moins de
temps sur le terrain. C’est sans doute à ce moment là que s’est précisée dans
mon esprit l’envie de mener ma propre barque. J’ai d’abord pensé devenir
franchisé mais cela n’a pas pu se concrétiser. Tant mieux d’ailleurs, tant qu’à
être libre, autant l’être complètement. J’avais plusieurs pistes de changement
possible, j’ai choisi la restauration et me suis décidé à ouvrir un snack.
Alors que je commençais à chercher un local, un ami restaurateur, rencontré par
hasard, m’annonce que son ex-compagne remet son établissement, exactement là où
je souhaitais m’installer ! Aujourd’hui, j’apprends un nouveau métier, je
suis là où le business se passe, avec les clients. Mon objectif : créer
une formule de restauration rapide qui marche et que je pourrai dupliquer. Je
veux rester sur le terrain et mesurer le résultat de mon travail de A à
Z »
3 pistes pour « retailler »
sa carrière à la bonne dimension
1.
Posez-vous la question suivante: qu'est-ce qui ne va pas dans la situation
actuelle?
- Quand avez-vous ri et eu du plaisir pour la dernière fois? Quand vous êtes vous senti satisfait ou heureux pour la dernière fois au travail ? L'absence de plaisir peut constituer un des signaux indiquant qu'il y a un problème dans votre job.
- Observez-vous. Regardez-vous tel que vous êtes, et non tel que vous souhaiteriez être, ou tel que vous imaginez qu'il faut être.
2.
Déterminez l'existence de solutions
Certaines
solutions demandent qu'on fragmente le problème en petits morceaux.
- Recherchez de l'information de qualité pour avoir le plus de choix possible. Lisez. Faites une enquête auprès de votre entourage, au besoin auprès de professionnels. Explorez comment ceux qui ont résolu un problème similaire s'y sont pris.
- Rappelez-vous que vous n'êtes pas à la recherche d'une solution gratuite, disponible instantanément, sans effort et sans contrainte. Vous aurez probablement à choisir parmi un nombre limité de possibilités.
3.
Clarifiez votre but
Demandez-vous:
Qu'est-ce que je recherche précisément?
- Évitez les objectifs trop généraux tel qu'"être heureux". Spécifiez ce que signifie pour vous être heureux et comment précisément vous pourriez augmenter vos chances de l'être un peu plus.
- Fixez-vous des objectifs réalistes. Vous aurez plus de chance de les atteindre et d'éviter la frustration. Faites-vous une image claire des étapes par lesquelles vous aurez à passer.
- Si vous ne réussissez pas à vous faire une représentation interne d'un but réaliste, c'est probablement que vous avez besoin de plus d'information sur les différents chemins à prendre pour satisfaire vos besoins.
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