Il existe sur les bords des ailes des avions,
un dispositif permettant de faire sauter le givre qui, en s’accumulant,
risquerait de l’alourdir et de lui faire perdre de l’altitude. Dans l’entreprise,
la délégation agit de la même manière : elle permet aux managers d’éviter les
surcharges de travail qui les empêchent bien souvent de se consacrer à leurs
missions spécifiques de direction et d’encadrement. Mais tout le monde ne
pratique pas la délégation de la même façon. Et, du marionnettiste au chef
d’orchestre, tous les styles de management ne mènent pas aux mêmes résultats.
Selon les spécialistes, l’idéal est d’agir à la manière d’un chef d’orchestre, responsable du choix de la partition, du style donné à l’interprétation mais considérant chaque membre de l’orchestre comme un professionnel à part entière. Un vœu pieux plus facile à dire qu’à faire car, si l’on en croit certains salariés anonymes, de nombreux managers, déçus de ne pas être entourés par leurs « clones », éprouveraient beaucoup de difficultés à considérer leurs collaborateurs comme des adultes et raisonneraient comme s’ils dirigeaient une classe de maternelle, peuplée d’individus incapables de penser et de prendre une bonne initiative.
Et
c’est bien là que le bât blesse car la délégation
est indispensable à la croissance de l’entreprise puisqu’elle tire – en théorie
– un profit maximum du potentiel de chacun des individus qui la composent. Du
point de vue de l’éthique, elle permet au manager d’assumer ses responsabilités
vis-à-vis de ceux qu’il dirige : favoriser leur accomplissement personnel.
Andrew
Carnegie, un self made-man et bâtisseur d’un empire industriel a écrit :
« Prenez toutes mes usines, tous mes commerces, tous mes moyens de
transport, tout mon argent mais laissez-moi mon organisation et dans quatre
ans, j’aurai tout reconstruit ! ».
Du vœu pieux à la réalité
Tous les managers performants savent que pour maîtriser l'art de
déléguer il faut suivre un itinéraire long et difficile, accepter ses propres
défauts et ceux des autres, et surtout ne pas se laisser bercer par l'illusion
que tout se passera comme prévu.
Selon Robert Papin, Professeur à HEC, « le véritable courage
pour un manager consiste à lutter à chaque instant contre ses penchants
naturels ou contre ses propres motivations pour améliorer les relations
humaines au sein de son équipe ou de son entreprise ».
Un exercice difficile ? « Oui mais très important car si vous
trompez vos subordonnés sur l'ampleur des responsabilités que vous souhaitez
leur donner, vous ne réussirez jamais à les motiver. Ils percevront rapidement
votre véritable style de commandement et lorsque vous leur demanderez de se
mobiliser pour relever avec vous de nouveaux défis, vous constaterez qu'ils
n'ont pas bougé. ».
Mais pourquoi est-il si difficile de bien déléguer ?
Selon Robert Papin certains responsables en sont venus à mesurer
leur efficacité par leur capacité à surmonter les difficultés. "J'ai
réussi à surmonter les difficultés, je suis donc un manager efficace". Ces
dirigeants là seront tentés de s'entourer de simples exécutants pour se garder
la possibilité de continuer à surmonter eux-mêmes toutes les difficultés. Dans
ce cas de figure, le chef considère ses collaborateurs un peu comme ses
enfants. Il doit donc tout leur apprendre et surtout les aimer comme on aime
ses enfants. Avec un management de ce type un décalage grandissant va
apparaître entre, d'une part, des managers ou des chefs d'entreprise débordés
et stressés et, d'autre part, des subordonnés peu motivés et peu désireux de
s'adapter au changement pour faciliter la mise en oeuvre des plans de leurs
dirigeants. Lorsque la crise économique va surgir ces dirigeants vont changer
brutalement de comportement, éprouvant une fâcheuse tendance à oublier leur
affection pour déclarer aux collaborateurs. "Que votre tête me plaise ou
ne me plaise pas, ce n'est plus le problème. Nous sommes confrontés aux
difficultés. Voici les objectifs que vous devez atteindre".
Le patron aura fait un petit pas vers la délégation et les subordonnés un
second pas vers la démotivation.
Déléguer oui, abdiquer non
Paradoxalement,
cette incapacité à déléguer, souvent soulignée dans les livres de management
est moins dangereuse pour une entreprise que la sur-délégation. Celle-ci est
très souvent le fait de patrons qui ont créé leur société. Elle consiste à
abandonner littéralement à d’autres des aspects cruciaux de la gestion
(politique commerciale, par exemple) pour se concentrer sur des tâches plus
attractives. Au bout de quelques mois ou de quelques années, de graves
difficultés apparaissent et il est parfois trop tard pour reprendre les choses
en main. L’erreur est ici de confondre délégation (qui implique un suivi de la
part de celui qui délègue) et abandon (le nouveau promu est laissé seul à ses
responsabilités).
L'entreprise est-elle condamnée ? Certainement pas, à condition
toutefois que le dirigeant aille beaucoup plus loin dans l'apprentissage de la
délégation. S'il comprend d'abord que déléguer ne signifie pas se décharger sur
autrui de ce qu'il n'a pas le temps de faire ou pas envie de faire, s'il
accepte ensuite l'idée que pour déléguer correctement il lui faut accepter
d'abandonner une partie de son pouvoir au profit de collaborateurs de valeur,
alors tous les espoirs lui sont permis.
Vous avez du mal à déléguer : faites le test de l’infarctus
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