vendredi 19 décembre 2014

Comment oublier le boulot ?


 Devinez qui vient dîner ce soir chez vous ? Erwin, votre directeur. Oui, celui qui n’hésite pas à vous appeler à tout bout de champ pour vous refiler en urgence toutes sortes de travaux qui n’entrent pas dans vos attributions ; Alice, votre assistante qui lève les yeux au ciel chaque fois que vous lui demandez une photocopie et Philippe qui fait chaque jour escale dans votre bureau pour vous raconter ses déboires en tous genres. La liste des invités ne vous plaît pas ? Et pourtant, savez-vous combien de fois vous avez déjà assis ces fâcheux autour de votre table ?
Si l’on en croit la chroniqueuse Barbara Mackoff, notre vie privée fait trop souvent les frais de nos saturations professionnelles. D’après l’auteur, il ne s’agit pas d'une fatalité et chacun peut, s’il le souhaite, améliorer sa qualité de vie après le travail. Voici quelques réflexions et autres recommandations pour éviter de transformer votre « home sweet home » en succursale du bureau.

 « J’aimerais bien lire mon journal en PAIX ! »

Une étude américaine a montré que les cadres et employés manifestent davantage d’intérêt et se comportent avec plus de politesse à l’égard de parfaits étrangers qu’avec les membres de leur propre famille. Avant de hausser les épaules et de penser que cela ne vous concerne en rien, posez-vous ces quelques questions.

  • Passez-vous la plupart de vos soirées en famille soit à vous plaindre de votre travail, soit à vous vanter de vos prouesses ?
  • Vous arrive-t-il de penser que vous avez le droit de vous comporter comme bon vous semble chez vous, de ne pas vous raser ou de manifester votre mauvaise humeur à votre entourage ?
  • Est-ce que vous montrez le meilleur de vous-même à votre patron, à vos collègues et à vos clients, réservant les manifestations de votre stress et de votre énervement à votre famille et à vos intimes ?
  • Avez-vous ajourné ou annulé récemment un voyage ou une sortie avec un proche au moins deux fois pour des raisons professionnelles ?
  • Pensez-vous que les tensions dues à vos responsabilités professionnelles sont justement sur le point de se tasser ?
Pris dans le feu de l’action, certains sans s’en rendre compte, finissent également par traiter leurs amis comme des clients à caser entre deux rendez-vous. Pour protéger ces moments dédiés à l’amitié, habituez-vous à considérer les rendez-vous personnels avec le même sérieux que les rendez-vous d’affaire. Les amitiés profondes ne peuvent fleurir si chacun pratique la surenchère pour avoir l’air toujours plus occupé que son voisin.


Déléguez vos soucis à votre subconscient

Vous êtes sans doute persuadé que pour arriver à résoudre la montagne de dossier qui encombre encore votre bureau  après votre départ, il faut que vous gardiez votre esprit braqué dessus, ce qui vous empêche de passer une bonne soirée et fait dire à votre entourage que vous avez l’air absent ?

Essayez de vous souvenir : combien de fois avez-vous décidé de dormir sur un problème épineux pour vous réveiller le lendemain avec la solution ? Il s’agit de vous dire : je ne veux plus y penser maintenant mais pendant que je me détends ce soir à la maison, ou pendant que je dormirai cette nuit, je vais laisser mon subconscient décanter le problème.

Souvenez-vous que cette technique ne donne de résultats que si on a la foi du charbonnier. Alors, préparez-vous à recevoir la « révélation » en vous brossant les dents, ou sous la douche ; à trouver des idées audacieusement créatrices en faisant votre gymnastique ou en allant au bureau.

Demain est un autre jour

A l’approche de l’heure fatidique où vous devrez rentrer chez vous, vous ressentez peut-être au creux de l’estomac une espère d’angoisse à la vue de tout ce travail empilé sur votre bureau et qu’il vous faut remettre au lendemain. Faites fondre cette angoisse en la transformant en listes spécifiques.
Recensez toutes les tâches que vous aurez à accomplir le lendemain. Classez-les par catégorie, puis jetez-y un coup d’œil. Y en aurait-il que vous pourriez déléguer (ou renvoyer à l’expéditeur…) ? Ou d’autres qu’ils vous serait possible d’entreprendre un peu plus tard dans la semaine ? Pour finir, assignez une date de priorité à chacune de ces tâches et l’heure la plus propice pour vous y atteler.

Secouez-vous, secouez-vous

A la fin d’une rude journée de travail, vous pouvez vous sentir trop fatigué pour faire de l’exercice. Vous pensez que vous ne trouverez jamais l’énergie nécessaire  et que si vous vous y forcez, vous quitterez la salle de sport sur une civière.

Mais souvenez-vous qu’un certain nombre de sensations que vous rattachez à la fatigue ne sont que le résultat d’une accumulation de tension due à l’obligation de refouler l’élan primaire du dilemme « fuir ou « combattre ». Votre corps se ressent de toute une journée de tensions inexprimées. De plus, vous avez probablement passé plusieurs heures assis et maintenant votre organisme fonctionne au ralenti. Quand vous faites de l’exercice, vous secouez toute la léthargie qui vous a envahi et vous donnez un autre rythme à votre corps. Cette libération d’énergie provoque une sensation d’euphorie.

Souriez, vous êtes chez vous !

Le fait de rentrer chez soi suppose une procédure de ralentissement mental. Le plus difficile, c’est de passer du rythme de vie trépidant du bureau à une soirée paisible à la maison. Pour y parvenir, essayez de ne pas appliquer le même style d’organisation et de discipline au travail et à la maison. N’accordez pas à chaque événement  banal de la vie de tous les jours le degré d’attention, d’urgence et d’exigence intense que vous accordez à votre travail.

Sur une feuille, dressez une liste des "Il faut" qui vous incombent. Par exemple : « II faut tondre la pelouse », « Il faut mettre de l'ordre dans la pièce », etc.
Ensuite, indiquez sur une échelle de 1 à 4 l'importance relative des différents énoncés qui se trouvent sur votre liste:
1) II faut absolument
2) Il faut vraiment
3) Il faut bien
4) Il faut plus au moins
Reprenez votre liste en examinant si les "Il faut" proviennent surtout de vous ou de l'extérieur. Exemple: Il faut mettre de l'ordre dans la pièce parce que cela vous ferait plus de place ou pour éviter que les autres pensent que vous êtes désordonnée.
Montrez vos résultats à votre conjoint et confrontez vos différences de perception.

Reprenez une autre fois votre liste et demandez-vous si vous pouvez remplacer certains"Il faut" par "j'ai envie". Cela risque de modifier sensiblement votre attitude lors de l'accomplissement de la tâche.

16h30 : l’heure du pilote automatique

Voici un autre type d’approche qui vous aidera à ralentir la cadence sur le chemin psychologique qui vous mène à vos pénates.

Evitez  d’exécuter le travail le plus exigeant de votre programme à la fin de la journée. Vous risqueriez de transporter votre fébrilité avec vous et de la ramener à la maison. En revanche, consacrez votre dernière heure de travail à la tâche la plus simple de votre journée. Par exemple, utilisez les trente dernières minutes pour répondre à vos appels téléphoniques, feuilleter vos brochures professionnelles, faire vos photocopies, répondre à vos mails, ranger vos tiroirs ou nettoyer votre bureau. Ces activités paisibles constituent d’excellents moyens de détourner votre attention du travail pour la fixer sur la perspective d’une soirée tranquille à la maison.

Le pire n’est jamais certain

Il nous arrive à tous de revenir du travail possédé par la crainte d’un échec ou d’une calamité prochaine, écrasés sous le poids insupportable d’angoisses informulées. Dans ce cas, imaginez vous vivant une des pires aventures qui pourrait vous arriver dans un futur prochain ou immédiat. Imaginez-vous, par exemple, arpentant la ville désoeuvré et solitaire. Dès que vous mettez un nom sur vos angoisses muettes, vous les dépossédez de leur pouvoir, simplement parce que vous vous forcez à constater vos propres exagérations, la distorsion de vos projections en ce qui concerne votre avenir.

Les vertus de la paix négociée

L’une des raisons pour lesquelles la plupart des gens restent au bureau après les heures de travail est le besoin de solitude. A la maison, demander un peu de temps pour soi devrait se négocier de façon très délicate. Bien sûr vous avez le doit d’être laissé à vous-même pour un petit moment quand vous rentrez le soir. Mais ce répit il faut savoir le « mériter ». Annoncez à votre conjoint et à vos enfants que vous êtes content de les voir et que si vous désirez être seul pendant un moment, c’est pour être capable de mieux les apprécier par la suite.

Avant de vous lancer dans le compte rendu des faits saillants de votre journée, il serait peut-être bon de vous demander si vous souhaitez vraiment revivre ces expériences. Si tel n’est pas le cas, il est nécessaire que vous manifestiez votre besoin de silence avec gentillesse et fermeté. Mais attention : il ne faudrait pas que votre mutisme soit interprétée par vos proches comme de la cachotterie, un manque de confiance ou un refus d’exprimer vos émotions. Voici deux types de réponse qui vous aideront à sauver la mise :

Question : comment s’est passée ta journée ?

Réponse : Crevant. Je préfère l’oublier complètement.

Question : comment as-tu passé ta journée ?

Réponse : Décevant ; je ne veux même pas y penser une seconde de plus ce soir.

Si vous passez à table
 
Pendant que vous réfléchissez au résumé de votre journée, utilisez la formule éculée mais toujours efficace de la bonne et de la mauvaise nouvelle. Posez-vous la question : « Quelle est la pire chose qui m’est arrivée aujourd’hui ? Quelle est la meilleure ? Soyez prêt à annoncer deux types de nouvelles. Coupez et éliminez les termes tels que toujours et jamais. Ces mots sont de nature à frapper fortement l’imagination. El les disant, il se peut fort bien que les choses prennent immédiatement à vos yeux une tournure bien pire qu’elle n’est en réalité



Références :
« L'ergomanie, l'obsession du travail »,  Killinger Barbara, Quebecor.
« Comment décrocher : plus de 100 techniques pour oublier le bureau », Barbara Mackoff, Le Jour Editeur
« L’Art de ne pas travailler », Ernie Zelinski, Editions d’Organisation
 




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