A
l’image du mannequin ou du footballeur, le métier de manager est un métier où
il ne fait pas bon vieillir. Formé de façon technique et ballotté par les modes
successives des gourous du management, rien ne semble prévu pour l’aider à
assumer son rôle efficacement dans la durée. Au-delà des tendances et des
méthodes clé en main, quels sont les comportements basiques à valoriser
pour s’adapter à tous les soubresauts de l’entreprise ?
Selon le
psychiatre et consultant Eric Albert, la solution à cette « précarité »
consiste à développer de nouvelles manières d’être. "Ce qu’on appelle
habituellement les compétences managériales (déléguer, organiser, définir une
stratégie, etc) résultent en fait d’une combinaison de huit comportements
capitaux : évoluer, observer, hiérarchiser, influencer, accompagner,
partager, négocier, prendre du recul".
La
difficulté à déléguer, par exemple, proviendrait moins d’un défaut de technique
que d’une difficulté à évoluer, à hiérarchiser, à observer, à accompagner un
collaborateur et à partager avec lui.
Passer
du « savoir faire » au savoir « faire faire »
Dans son
dernier livre « Le manager durable », Eric Albert met en garde les
dirigeants sur les conséquences de la dérive « technicienne » des formations
au management. « La formation au management semble depuis des années se
contenter de donner des moyens aux managers comme s'il s'agissait pour eux
d'appliquer des techniques plus que d'obtenir des résultats. On leur apprend à
pratiquer les entretiens d'appréciation, à animer des réunions et on considère
qu'ils sont de bons managers s'ils le font. En cela, on se trompe sur l'objet
du management. Le manager est celui dont le principal de la valeur ajoutée est
de faire faire ». C'est donc aux performances de ses collaborateurs qu'il
faut mesurer la compétence d’un manager et non plus sur le seul usage des
techniques managériales.
Les 8
comportements cardinaux du manager durable
Pour sortir
de l’impasse du « tout technique», l’essentiel est de partir du
collaborateur, en n’oubliant pas qu’un être humain ne se gère pas avec des
techniques mais avec des comportements. Le manager ne doit pas uniquement
recevoir des outils « pré-formatés », il doit aussi faire évoluer sa
manière d’être managériale. Pour y parvenir, voici, selon Eric Albert, les huit
fondamentaux du changement, les croyances qui les freinent et les attitudes qui
favorisent la performance durable.
Comportement
1 - Evoluer
Evoluer est
le comportement « princeps »dont découle l’amélioration de tous les
autres.
Les
croyances qui empêchent d’évoluer
-
Je
suis comme je suis, on ne me changera pas.
-
Le
changement pour le changement ne sert à rien et présente un risque.
-
J’ai
toujours réussi en agissant comme ça, je
ne vois pas pourquoi je changerais.
-
Changer
c’est admettre que je ne suis pas bon.
Les
attitudes qui favorisent l’évolution
-
Rechercher
les feedbacks dans son environnement et favoriser les critiques et les remises
en cause.
-
Eviter
de se justifier mais chercher ce qui pourrait être utile à changer.
-
Observer
comment font les autres.
-
Se
donner des objectifs modestes mais à un rythme régulier.
-
Annoncer
des objectifs de changement à son entourage.
Comportement
2 - Observer
Le manager,
et encore plus le dirigeant, est sollicité en permanence pour apprécier, voire
juger les salariés. Comprendre suppose de développer un comportement
spécifique : observer. C’est un des comportements qui fait le plus défaut
aux managers parce qu’ils sont programmés pour agir.
Les croyances qui empêchent d’observer
-
Mon
instinct et mon intuition sont mes meilleurs guides.
-
Seules
les compétences techniques comptent.
-
La
seule chose qui motive les gens, c’est l’argent, pas la peine de se casser la
tête pour rien.
-
J’ai
assez de travail comme ça pour chercher, en plus, à comprendre les autres.
Les
attitudes qui favorisent l’observation
Questionner
ses interlocuteurs sur leurs croyances et leurs représentations.
Prendre du
recul pendant les réunions.
S’interroger
sur ses propres émotions.
Faire des
hypothèses sur les comportements et s’interroger sur les intentions et les
émotions de son entourage.
Comportement
3 - Hiérarchiser
Hiérarchiser,
c’est la capacité qui consiste à saisir les principaux enjeux d’un contexte et
à effectuer les choix qui en découlent. Il s’agit donc d’une fonction
managériale très valorisante qui est de décider.
Les
croyances qui empêchent de hiérarchiser
Il faut
absolument que je puisse tout faire.
Je dois
répondre à toutes les demandes.
On peut
tout obtenir si on agit plus vite que les autres.
L’important
c’est d’agir vite, il est toujours temps de réfléchir après.
Les
attitudes qui favorisent la hiérarchisation
-
Se
référer à la stratégie.
-
Expliciter
ses critères de choix.
-
Savoir
dire non à bon escient, refuser certaines demandes.
-
S’interroger
sur ses propres aspirations par rapport à celles de son entourage.
Comportement
4 - Influencer
Loin de
tout rapport de force, la capacité d’influencer son entourage est au cœur du
rôle que l’on attend de chacun dans l’entreprise.
Les
croyances qui empêchent d’influencer
-
Vouloir
influencer les autres, c’est de la manipulation.
-
L’important
est d’être authentique et de s’exprimer comme on l’a toujours fait.
-
Chacun
a son avis, ça ne sert à rien que je donne le mien.
-
Du
moment que le contenu de mon message correspond à ce que je veux dire, le reste
n’a pas d’importance.
Les
attitudes qui favorisent l’influence
-
Ecouter
et questionner ses interlocuteurs avant de s’exprimer.
-
Exprimer
ses émotions.
-
Tenir
compte des réactions de ses interlocuteurs lorsqu’on s’exprime.
-
Ne
défendre qu’une idée à la fois.
-
Regarder
ses interlocuteurs quand on leur parle.
Comportement
5 - Accompagner
Le manager
d’aujourd’hui échange, transmet, suit, développe ses collaborateurs. En un mot,
il les accompagne. Ce comportement permet de répondre à trois grandes fonctions
managériales : aider à la mise en œuvre des objectifs, suivre et
développer les compétences.
Les
croyances qui empêchent d’accompagner
-
Ce
n’est pas à moi de développer les compétences de mes collaborateurs, il y a des
séminaires pour ça.
-
Si
je consacre du temps à chacun de mes collaborateurs, je n’en aurais plus pour
faire autre chose.
-
Quand
on fait confiance à quelqu’un, pas besoin de le contrôler.
Les
attitudes qui favorisent l’accompagnement
-
Prendre
des rendez-vous réguliers avec ses collaborateurs et leur garder de la
disponibilité.
-
S’interroger
sur les moyens avant de lancer un projet.
-
Questionner
en cherchant à comprendre avec précision.
-
Challenger
ses interlocuteurs sur leur méthode et leur process.
Comportement
6 - Partager
On insiste
beaucoup aujourd’hui sur l’importance du travail en équipe, sans laisser
vraiment à l’équipe du temps pour exister, notamment du temps informel.
Les
croyances qui empêchent de partager
-
Ca
va plus vite si je le fais tout seul.
-
Ca
ne sert à rien de partager car on n’est jamais récompensé.
-
Les
autres n’ont rien à savoir de moi.
-
Je
n’ai pas à être aimable, je suis professionnel et ç’est suffisant
Les
attitudes qui favorisent le partage
-
Questionner
les autres sur eux-mêmes et sur ce qu’ils font.
-
Parler
un peu de soi.
-
Être
vigilant à transmettre les informations aux autres.
-
Se
questionner sur ce dont les autres ont besoin.
-
Prendre
du temps pour la convivialité.
Comportement
7 - Négocier
Dans
l’entreprise, tout se négocie en permanence. Celui qui attend que les choses
viennent d’elles-mêmes risque d’être déçu, voire de se sentir exploité.
Les
croyances qui empêchent de négocier
-
Je
dois toujours obéir à un supérieur hiérarchique.
-
Il
ne faut pas embêter les autres en leur posant des questions.
-
Le
plus important, c’est de s’entendre avec
tout le monde.
-
Si
je ne suis pas d’accord, ça va créer des complications.
Les
attitudes qui favorisent la négociation
-
Exprimer
ses désaccords.
-
Montrer
que l’on tient compte des contraintes de l’autre.
-
Pousser
son interlocuteur dans ses retranchements pour comprendre sa logique de
fonctionnement.
-
Proposer
de nouvelles voies de solution.
Comportement
8 - Prendre du recul
La prise de
recul permet de s’ouvrir à la créativité. La difficulté propre à cet exercice
est de consacrer du temps à ne pas agir « même si l’action est devenue
l’anxiolytique préféré des managers ».
Les
croyances qui empêchent de prendre du recul
-
C’est
dans l’action qu’on a des idées.
-
Je
dois agir vite, je dois aller de l’avant.
-
Prendre
du recul est un luxe que je ne peux pas m’offrir.
-
Lorsque
je n’agis pas, je perds mon temps.
Les
attitudes qui favorisent la prise de recul
-
Rechercher
ce qui se fait ailleurs.
-
S’interroger
sur l’avenir de son activité et sur la manière de la pratiquer.
-
Se
réserver du temps sans agir.
-
Chercher
des améliorations.
-
Remettre
en cause et challenger ce qui est fait.
Source :
« Le
manager durable », Eric Albert, Les Editions d’Organisation
Aucun commentaire :
Enregistrer un commentaire